Miscellanées

Le regard du scientifique sur des faits d’actualité,

Dans l’actualité, beaucoup d’infos reposent sur des faits scientifiques dont on ne sait s’ils sont avérés. Cette rubrique veut être un « checknews » scientifique. Un complément à la section «  La Science et l’opinion« .

Lecture et santé : ou les pièges des statistiques (1)

En 2015, un estimé critique littéraire (J. Garcin) du Nouvel Observateur s’est emparé du résultat d’une étude statistique démontrant que les lecteurs confirmés (2 livres par mois, minimum) étaient en meilleure santé que la moyenne. Sa conclusion : « lisez des livres et vous serez en meilleure santé ». C’est une illustration d’un des pièges les plus courants des études statistiques : passer de la corrélation à la causalité.

Deux observations sont corrélées lorsque leurs évolutions sont liées ; on peut calculer un coefficient de corrélation qui mesure l’intensité du lien de -1 (les 2 observations évoluent en sens inverse) à +1 (corrélation parfaite). Mais la corrélation ne dit rien de qui est cause de quoi. On peut aussi bien dire que « lire rend plus calme et reposé et donc que l’on vit mieux », que « les gens en bonne santé ont plus de temps et d’énergie pour lire davantage ». Comme très souvent la corrélation ne dit rien sur la causalité, mais simplement que les 2 observations ont une cause commune. Comme : « les personnes éduquées avec un mode de vie stable sont statistiquement en meilleure santé et lisent davantage ». Si vous avez une conduite de vie à risques le fait de lire n’améliorera pas votre santé.

Si vous voulez voir une collection de fausses corrélations, voir le site « Spurious correlations« . Notez la corrélation presque parfaite entre l’âge des Miss America et le nombre de morts par la vapeur et les objets chauds.


Les vainqueurs du Tour de France : ou les pièges des statistiques (2)

En 2013, les journaux titraient sur « L’étonnante longévité des cyclistes du Tour de France » en s’appuyant sur une étude scientifique de la mortalité des coureurs de 1947 à 2012[1], comparée à la mortalité moyenne des Français.  Mais la mortalité moyenne inclut les décès à tous âges (y compris les nourrissons), et l’on court le Tour de France quand on n’est pas mort à 25 ans. La comparaison de la mortalité des coureurs à la mortalité des Français non décédés avant 25 ans relativise complètement la longévité des coureurs.

Le même biais avait été commis pour une étude sur la longévité des médecins : on est médecin, quand on n’est pas mort avant 28 ans. Je prends le pari qu’une longue étude statistique démontrerait que les octogénaires vivent plus longtemps que la moyenne des Français.


[1] Mortality of French participants in the Tour de France (1947–2012) Marijon E, et al.European Heart Journal. Septembre 2013

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